Chacun s’accorde sur la nécessité d’une réforme territoriale destinée à supprimer un certain nombre de doublons et ainsi économiser l’argent public. En cela, la volonté du Chef de l’État de simplifier notre millefeuille administratif aurait pu être intéressante. Mais, une fois de plus, la réforme qu’il propose montre qu’elle n’est ni réfléchie ni préparée. Cela sent la navigation à vue et l’amateurisme.


Les régions passent de 22 à 14. Pourquoi 14 et pas 12, 13 ou 15 ?

Quelle logique a prévalu pour faire fonctionner les ciseaux élyséens ?

Quels ont été les critères qui ont servis de base aux regroupements ?

Est-ce leur poids démographique ?

Est-ce leur poids économique ?

Est-ce leur positionnement géographique ?

Est-ce leurs atouts communs ou complémentaires ?

Mystère et boule de gomme !

 

En réalité, ce découpage s’est joué entre un Président velléitaire et des barons socialistes locaux qui sont montés au créneau pour défendre leur pré carré ou rejeter la fusion avec telle ou telle région voisine. Et c’est ainsi que l’on arrive à quelques aberrations. Notamment avec la constitution d’une région Centre-Limousin-Poitou Charentes ou encore avec le rattachement de l’Auvergne à la région Rhônes-Alpes.

Et que dire de cette formidable occasion manquée de créer une grande région Bretagne-Pays de la Loire ? Une région qui pèserait à l’échelle de l’Europe, une région installée sur la façade Atlantique qui pourrait devenir l’une des plus dynamiques, une région où les métropoles ont déjà l’habitude de travailler ensemble dans de nombreux domaines, une région où les acteurs économiques ressentent fortement le besoin de se fédérer pour être encore plus performants, une région où les pôles de compétitivité collaborent déjà sans se préoccuper des frontières administratives, une région où les universités ont unies leurs forces. Une fusion appelée de ses vœux par l’écrasante majorité des forces vives. Mais pour ne pas fâcher son ministre de la Défense, le breton Jean-Yves Le Drian, François Hollande n’est pas allé au bout de sa démarche.

14 régions… mais pour quoi faire ?

La suppression de 8 régions va-t-elle engendrer des économies importantes ? Certainement pas. Certes, il y aura quelques économies d’échelle et un peu moins d’élus et ce sera toujours cela de gagné mais ce n’est pas à la hauteur des enjeux.

Si l’on veut réellement diminuer fortement les dépenses publiques liées aux collectivités territoriales, il faut en premier lieu s’attacher à la définition claire et précise des compétences de chaque strate administrative. C’est ainsi que l’on évitera les redondances et les doublons particulièrement coûteux. A chaque collectivité, des compétences exercées par celle-ci et seulement par celle-ci.  En second lieu, il faut définir, pour chaque collectivité, les ressources qui lui sont affectées de façon pérenne et stable. Et à ce moment là, il sera alors temps de déterminer le nombre et la qualité des collectivités dont nous avons besoin pour mettre en œuvre ces compétences.

Avant de supprimer 8 régions, avant d’envisager la suppression des départements pour 2020 (désormais, après des annonces pour 2015 et 2021!) et de vouloir faire évoluer les communautés de communes pour que chacune compte au moins 20 000 habitants, il faut d’abord  déterminer qui fait quoi et avec quel moyens. Le Président de la République fait exactement l’inverse. C’est mettre la charrue avant les bœufs.