Depuis les fêtes de fin d’année, le Ministre de l’Intérieur s’est attaqué à Dieudonné. Les médias s’en font largement l’écho au point qu’il n’est plus possible d’ouvrir un quotidien ou une revue, d’écouter un journal à la radio ou de regarder les chaînes d’info en continu sans éviter un article ou un débat consacré à celui qui fut le partenaire d’Élie Sémoun.

Le combat de Manuel Valls contre l’antisémitisme et le racisme est louable et légitime. On ne peut pas cautionner des propos qui exacerbent les instincts les plus vils. Mais la méthode interroge.

D’abord, pourquoi s’en prendre maintenant à Dieudonné, alors que ce pseudo-humoriste déverse les mêmes propos depuis des années ? Alors qu’il a été condamné à plusieurs reprises, les peines n’ont pas été appliquées. Manuel Valls chercherait-il à faire un coup médiatique ? Sa charge contre Dieudonné ne serait-elle pas exempte d’arrières pensées politiques ? N’y aurait-il pas vu une façon de conforter sa position favorable dans les sondages en vue d’une possible nomination à Matignon[1] ? Le gouvernement ne pouvant pas remettre indéfiniment sur le tapis le vote des étrangers aux élections locales, n’y-a-t-il pas la volonté d’alimenter le vote FN en évoquant ce type de sujet ?

Dans un pays, comme le nôtre, ou la parole est libre, voir un spectacle interdit à priori, me met mal à l’aise. Je préfèrerais qu’il puisse avoir lieu. Et si des propos racistes et exécrables sont tenus, il faut alors porter plainte contre son auteur. Ce n’est pas au politique de permettre ou d’interdire tel ou tel spectacle. Sur quels critères va-t-il prendre sa décision ? Comment définit-il le caractère raciste, injurieux ou diffamatoire des sketchs d’un humoriste ? Le politique élabore la loi. Mais c’est le magistrat qui juge, qui dit le droit. La liberté d’expression repose sur ce principe fondamental.

Ce battage médiatique, autour d’un homme qui ne le vaut certainement pas, est révélateur d’un monde de l’information qui sur-réagit à l’émotion, sans ramener l’événement à sa juste dimension et dans son contexte. Car sans minimiser les propos et les comportements abjects de Dieudonné, les français ont actuellement des sujets de préoccupations beaucoup plus importants. On peut se demander si Manuel Valls, avec cette affaire, n’a pas essayé de créer un écran de fumée pour masquer les échecs du gouvernement.

Dormez tranquilles, bonnes gens, pendant ce temps-là les plans sociaux continuent…



[1] En réalité, il n’est pas sûr qu’à ce jeu, Manuel Valls ait gagné. Si l’on en croit le dernier baromètre Ipsos-Le Point, sa cote de popularité perd plusieurs points.