Depuis quelques jours, le mouvement anti-Mariage pour Tous s’est radicalisé. De part et d’autre, des propos ont dérapé, des députés fatigués et à bout de nerfs ont failli en venir aux mains, des groupuscules que l’on croyait définitivement disparus se sont réveillés et harcèlent les forces de police. La violence des propos a pris le dessus sur la réflexion, sur l’argumentation.

Beaucoup plus grave, des excités à l’idéologie très limitée s’en sont pris à des homosexuels. Rien ne peut justifier que l’on agresse verbalement et encore moins physiquement des personnes en raison de leur orientation sexuelle. L’homophobie est un délit. Tous ceux qui le commettent doivent être très sévèrement sanctionnés, comme la loi le prévoit.

Si le discours s’est radicalisé, il faut en rechercher les raisons. Et elles sont nombreuses. Le gouvernement a largement sous-estimé à quel point nombre de Français ressentaient ce projet de loi comme une attaque en règle du fondement millénaire de la famille et par là-même de la société. Le point de rupture n’est pas la volonté de créer une égalité de droits patrimoniaux et successoraux  entre couples homosexuels et hétérosexuels mais bien le problème de la filiation. Les sondages montrent que c’est ce point qui cristallise l’opposition, qui heurte une majorité de français.

Sur un tel sujet, le Chef de l’État se devait d’intervenir pour expliquer aux Français son projet de société. A la place d’une explication, nous avons eu droit à la promesse de l’inscription dans le texte de loi d’une clause de conscience pour les maires. Promesse reprise dès le lendemain (!), après qu’il a reçu une délégation de l’Inter-LGBT. Pire, au moment où la structure familiale est remise en cause, le gouvernement annonce une diminution ou une fiscalisation des allocations familiales.

Mais ce qui a sans aucun doute radicalisé encore plus le mouvement, c’est le mépris avec lequel ont été traités les manifestants. Le 13 janvier, preuves à l’appui (photos, images vidéo), le Champ de Mars se remplit plusieurs fois dans l’après-midi. Le lendemain, le Préfet de Police de Paris annonce que l’on a compté  300 000 manifestants. De qui se moque-t-on ?

La veille de la 2ème grande manifestation, le même Préfet de Police prévoit 100 000 manifestants et refuse aux organisateurs plusieurs itinéraires. Résultat : l’Avenue de la Grande Armée ne peut contenir la foule immense qui s’y trouve parquée et celle-ci déborde sur la Place de l’Étoile et les Champs-Élysées. Sans retenue, les forces de l’ordre, mal commandées, aspergent de gaz lacrymogène des familles et des enfants. Que n’auraient dit les belles consciences de gauche à l’indignation sélective si un gouvernement de droite avait donné un tel ordre ?

Face à quelques centaines de manifestants à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement met en place une commission de dialogue. Face à plusieurs centaines de milliers de manifestants, le 13 janvier au soir, le Président de la République déclare que : « la manifestation est consistante ». Comme s’il s’agissait d’une soupe ou d’une purée.

Mépris des manifestants le plus souvent présentés par les médias comme des catholiques réactionnaires et des jeunes NAP*. Au nom de quoi, catholique serait-il synonyme de réactionnaire ? Au nom de quoi les catholiques ne pourraient-ils pas défendre leurs convictions ? Au nom de quoi serait-ce condamnable ? C’est vrai, de nombreux catholiques ont défilé, mais il y a dans ces manifestations énormément de Français qui n’ont aucun lien avec l’Église. Pourquoi caricaturer les jeunes qui s’opposent à cette loi ? Pour avoir arpenté les rues de la capitale et d’Angers au sein de ces cortèges, j’ai été frappé par la présence de jeunes, en très grand nombre, de tout milieu, bien dans leur temps et représentatifs de leur génération.

Mépris des opposants de la part de Jean-Paul Delevoye, Président du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) qui n’a pas donné suite aux 700 000 pétitions qui lui ont été remises. Alors que les conditions de nombre et de forme étaient réunies pour obtenir la saisine du CESE et qu’il formule un avis sur les conséquences de cette loi sur la famille, comment peut-on rejeter d’un revers de main, près d’un million de signatures ? Qui peut raisonnablement imaginer que cette fin de non recevoir ne laissera pas de traces ?

Devant une telle opposition, pour toute réponse, le gouvernement a accéléré le calendrier législatif. Au Sénat, l’examen de ce texte s’est soldé par un vote à main levée. Est-ce sérieux pour un projet de loi aussi important qui emporte « une réforme de civilisation » selon les propres termes de la Ministre de la Justice ? Le Premier Ministre a alors décidé de faire passer, aussitôt, ce texte en 2ème lecture à l’Assemblée Nationale alors qu’il devait être réétudié fin mai. Une « bonne » façon de museler l’opposition qui n’avait pas le temps de préparer ses amendements et qui s’est vu imposer un temps de débat programmé de seulement 25 heures. Une telle précipitation marque la fébrilité d’un gouvernement qui veut se débarrasser au plus vite de cette patate chaude.

Exaspération des Français, enfin, face à l’attitude de la police. Le 14 avril, près de l’Assemblée Nationale, des jeunes occupent pacifiquement une petite place ; bilan : 67 interpellations. A Notre-Dame-des Landes, des centaines de manifestants blessent trois policiers ; bilan : 2 interpellations. Le lundi de Pâques, une douzaine de personnes sont verbalisées au Jardins du Luxembourg pour avoir porté un pull aux couleurs de la Manif pour Tous. Quelques jours plus tôt, huit femmes du mouvement Femen pénètrent, seins nus, dans la cathédrale Notre Dame de Paris. Elles repartent après un simple contrôle d’identité.

A force de mépris, le gouvernement a généré une forte exaspération dans le pays. A force de mépris, à force de ne pas être entendue, encore moins écoutée, l’opposition s’est déplacée des lieux de débat habituels dans une démocratie à la rue. Il y a un an, François Hollande promettait d’être le Président d’une France réconciliée. Il est aujourd’hui le Président d’une France déchirée. A une crise financière, économique, sociale, il prend la responsabilité d’ajouter une crise sociétale : attention danger !

 

*NAP : Neuilly Auteuil Passy