Le Gouvernement français compte dans ses rangs des ministres qui se veulent médiatiques (tel était mon propos d’hier) et d’autres qui restent dans l’ombre. Au point d’être invisibles.

Les discrets « brillent » par leur réserve démesurée. Certes, le travail d’un ministre ne s’évalue pas seulement par sa présence médiatique. Et la discrétion peut même être une qualité. Mais, il est pour le moins intéressant de se demander ce que font, à quoi servent, certains de nos gouvernants. Quelle est leur action ? Quelle politique mettent-ils en œuvre ? Pour quels résultats ?

C’est le cas de Geneniève Fioraso : Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Qu’a-t-elle fait depuis dix mois ? Chacun sait que c’est un domaine particulièrement important. C’est grâce à la recherche et au développement que nos entreprises peuvent fabriquer des produits à valeur ajoutée. Très étonnant, elle n’est pas en charge de l’innovation, cette compétence ayant été confiée à Fleur Pellerin. Comme si l’innovation et la recherche étaient deux secteurs distincts. Alors qu’il n’y a pas d’innovation sans recherche !

Malgré tout le respect que l’on peut avoir pour cet homme, il faut bien avouer que, jusqu’au mini remaniement gouvernemental dû à la démission de Jérôme Cahuzac, Thierry Repentin était un illustre inconnu. Il était chargé de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage. Alors que nous assistons à une explosion du chômage et que le Gouvernement n’a de cesse de répéter que l’emploi est sa priorité, qu’a fait Thierry Repentin ? Quelles mesures en faveur de l’apprentissage a-t-il proposées ? Comment a-t-il amélioré la formation professionnelle ? Il y a là un budget de 35 Md€, pour une efficacité toute relative. Il attend que le chômage atteigne quel taux pour agir ?

Chargé des Anciens combattants, Kader Arif, souffrant sans doute d’être constamment dans l’ombre, a voulu se mettre sous les feux de la rampe. Mal lui en a pris. La seule et unique fois où il s’est exprimé publiquement, il a commis une énorme « bourde » : sans vérifier préalablement l’information auprès des plus hautes autorités de l’État, il a annoncé, à la tribune de l’Assemblée nationale, la libération de certains de nos otages détenus au Mali. Pitoyable ! Si ce dossier n’était aussi dramatique et sensible, tant d’amateurisme et d’irresponsabilité seraient risibles.

Sans doute en mal de notoriété, lui aussi, Victorin Lurel, Ministre des Outre-Mer, qui représentait le Gouvernement français aux obsèques d’Hugo Chavez a réussi à sortir de son isolement médiatique en déclarant : « Toute chose égale par ailleurs, Chavez c’est de Gaulle plus Léon Blum ». Et pour faire bonne mesure, il a ajouté : « Moi je dis que le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chavez puisqu’on prétend que c’est un dictateur ». Chacun appréciera la haute tenue de ses déclarations !

Et que dire de Sylvia Pinel, Ministre de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme ? Ce n’est pas son aura médiatique qui va donner envie aux étrangers de venir séjourner dans notre pays. Son enthousiasme, son dynamisme, son ardeur à promouvoir la « destination France » sont à l’image de son activité parlementaire durant la dernière mandature : très légère[1].

On croit rêver en consultant la composition de ce gouvernement dont certainsministres ont des titres qui interrogent. Ainsi, George Pau-Langevin est chargée de la Réussite éducative ! auprès de Vincent Peillon, son ministre de tutelle. Pour l’aider à réussir la réforme des rythmes scolaires ?

Pascal Canfin, est Ministre délégué, chargé du Développement. De quoi ? De quel développement s’agit-il ? Economique ? Touristique ? Non, il s’agit en réalité de la nouvelle dénomination du Ministère de la Coopération. Pour nos « intellectuels » de gauche, le mot coopération n’avait sans doute pas une connotation assez altermondialiste.

Enfin, à classer également dans la catégorie des ministres de l’ombre, les discrets par goût ou par contrainte car leur champ de responsabilités étant  très restreint, ils ont peu à dire. On doit légitimement s’interroger sur la réelle utilité de leur ministère. Était-il vraiment utile de nommer auprès de Marylise Lebranchu, Anne-Marie Escoffier, en charge de la Décentralisation ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

Dans le premier Gouvernement Ayrault, Yamina Benguigui était Ministre déléguée, chargée de la Francophonie et des Français de l’étranger. Une tâche sans doute trop lourde (!) puisque dans le Gouvernement Ayrault II, Hélène Conway-Mouret a pris en responsabilité une partie de ce ministère : les Français de l’étranger (au nombre de 1,6 millions). Etait-ce vraiment nécessaire alors que, depuis les élections législatives de juin 2012, ceux-ci sont représentés par 11 députés et 12 sénateurs ?

La liste ne s’arrête pas là. On compte également 3 ministres délégués pour s’occuper :

  • des Personnes âgées et de l’Autonomie : Michèle Delaunay,
  • de la Famille : Dominique Bertinotti
  • des Personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion : Marie-Arlette Carlotti,

sous l’autorité de Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé. Voilà un ministère où les dossiers peuvent être suivis de près !

Nombre de ministères sont en réalité des coquilles vides.

Tout cela a un coût. Alors, à un moment où l’État devrait absolument rechercher à diminuer ses dépenses, des regroupements étaient possibles, sans que cela nuise à l’efficacité de l’action publique, bien au contraire. Les Français sont prêts à consentir des efforts pour sortir de la crise, s’ils sont partagés et si l’État montre l’exemple en diminuant son train de vie. Tel n’est pas le cas, de toute évidence.

La République est « bonne fille » … mais il lui arrive de se fâcher.