Je ne veux pas revenir, ici, sur le mois de juillet très pluvieux que nous avons connu au nord de la Loire. Je ne souhaite pas, non plus, vous entretenir de mes vacances personnelles. Non, je veux vous parler du début de mandat de François HOLLANDE et des premiers cent jours du gouvernement AYRAULT.

 Que s’est-il passé ? Quelles idées novatrices ont été émises ? Quel travail a été réalisé par la majorité, à l’Assemblée Nationale, durant la session extraordinaire ? Quel cap politique a fixé le nouveau Président de la République ? Quels objectifs ont été définis par François HOLLANDE en matière économique, sociale, européenne ou budgétaire ? Ces questions sont aujourd’hui sans réponse. Et c’est particulièrement grave dans un contexte de crise internationale et européenne majeure, d’une violence inouïe, qui met à mal notre système de production et par conséquent notre modèle de protection sociale. Une crise qui nécessite de faire des choix courageux et qui appelle des réponses fortes.

 

Alors que nous les attendons, le Président de la République, autoproclamé « normal », profite de sa nouvelle fonction. Il assiste aux « Tonnerres de Brest ». En profite-t-il pour donner sa vision de sa politique maritime ou de défense? Non bien sûr. Il suit une étape du Tour de France, tient-il une conférence de presse sur la politique sportive qu’il entend mener durant son quinquennat? Non encore, il s’inquiète de l’état de forme de Thomas VOECKLER. Le chômage augmente de 0.8% en juin, il va au marché de Sarran et rend visite au Président CHIRAC. Les plans de licenciements se multiplient (Technicolor, Air France, Fralib, Doux…) il part à la découverte d’une ferme dans le Gers. Prononce-t-il un discours sur l’orientation qu’il compte donner à la politique agricole française? Non, toujours non, il assiste à une représentation du Festival de Jazz de Marciac. PSA annonce la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois, il communique sur ses déplacements en train. La bataille fait rage à ALEP, il fait des photos souvenirs sur la plage près du Fort de Brégançon. Les immatriculations de voitures neuves sont en chute libre, il signe des autographes. Tout cela sous le regard de médias complaisants et laudateurs qui n’arrivent pas à tourner la page de l’anti-sarkozysme.

 

 Mais quand travaille ce Président ? Lorsque l’on atteint la magistrature suprême,  pour faire face aux très nombreux et très lourds dossiers à gérer, il faut une puissance de travail hors norme et donc posséder cette forme d’ « anormalité » qui permet à un homme ou à une femme de faire face à des responsabilités écrasantes et des arbitrages toujours difficiles.

 

Certes, un Projet de Loi de Finances Rectificative (un PLFR) a été voté fin juillet. Il a consisté à détricoter une à une, et avec une application sans faille, toutes les mesures proposées par Nicolas SARKOZY et le gouvernement FILLON et votées par la précédente majorité: suppression de la TVA sociale (qui aurait permis, enfin, de diminuer les charges salariales), fin de l’exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires et fiscalisation de celles-ci, augmentation  des charges sociales pour financer le retour à la retraite à 60 ans (qui ne concerne que 100 000 français), réduction de l’abattement sur les successions….sans parler de la taxation sans retenue, des plus hauts  revenus. Le taux record des prélèvements obligatoires de 44.9% en 1999 devrait être dépassé dès cette année pour atteindre 45% (43.9% en 2011). Ce PLFR a permis à la majorité socialiste d’augmenter 17 taxes et impôts pour aboutir à 7.2 Milliards d’euros de prélèvements supplémentaires. Et pas le moindre centime d’euros de diminution de dépenses. Comme l’a fort bien écrit l’économiste Christian SAINT ÉTIENNE, l’idéologie qui sous tend ce PLFR repose sur deux verbes : « Taxer et Punir ». Taxer le travail et punir les riches. Cela prouve que depuis les années du gouvernement JOSPIN et la mise en place des 35 heures, les socialistes n’ont pas évolué d’un iota dans leur rapport à la création de richesses collectives.

 

Enfin, il faut souligner, qu’en quelques semaines le Président de la République aura renvoyé à plus tard (on ne sait quand), un certain nombre de décisions. Etonnant d’ailleurs, cette propension à multiplier les commissions. Etonnant, mais révélateur du tempérament d’un Président indécis qui n’assume pas ses prises de position. Sur le dossier PSA, il nomme un expert et prévoit une concertation. Sur la règle d’or, il saisit le Conseil Constitutionnel (pour affirmer 2 jours plus tard qu’il ne tiendra pas compte de son avis, quel qu’il soit). Il promet une grande consultation des partenaires sociaux sur le financement de notre protection sociale. Il réunit une conférence sociale, sans objectif précis et défini, qui a débouché sur des vœux pieux et l’annonce d’une nouvelle rencontre dans un an. Il nomme Lionel JOSPIN à la tête d’une commission chargée de faire des propositions sur la rénovation et la déontologie de la vie publique. Il veut relancer le débat sur l’euthanasie, il demande au Professeur SICARD de présider une commission de réflexion sur la fin de vie. Une « conférence de consensus » sur la récidive des délinquants (!) est convoquée pour la mi-septembre. On cherche, désespérément, le projet politique au milieu de toutes ces concertations et commissions.

 

Le réveil des français risque d’être brutal et douloureux. Ou le Président de la République continue à mener une politique au fil de l’eau sans prendre les décisions qui s’imposent pour redresser notre pays, mis à mal par la crise, et nous connaîtrons avant la fin de son mandat la situation de l’Espagne ou de l’Italie. Ou le Président de la République tient ses promesses électorales, et ce sera une augmentation massive des prélèvements obligatoires. François HOLLANDE, qui visiblement adore les bains de foule,  aime à dire qu’il est le Président des bisous. Qu’il prenne garde, la France n’est pas le pays des bisounours !

 

                                                                                  Paul JEANNETEAU,